La partie de pêche

 

« J’suis arrivé hier à Damas-aux-Bois donc ce matin me v’la parti pour Charmes : asticots carte de pêche - 500 F, cher, très cher, trop cher, mais il faut bien y passer : et avec tous ces magnifiques étangs, Moselle et canal, ça doit rendre.

Le poisson m’attend, j’y và : en + 30 F + 30 F pour deux jours à l’étang d’Essegney.

 

Comme j’y arrive le vent se lève : d’ailleurs dans ce sacré pays, il ne se couche jamais et pas n’importe quel vent – spécial vosgien – la bise, glaciale, féroce, une vraie plaie que les 3 égyptiens ont pas connue – j’ouvre le coffre arrière de ma carotte, et ça commence : la ligne que je prépare s’emmêle sur un petit coup de bise, ne nous énervons pas. Deux minutes, dix, quinze, pas la peine d’insister – j’en prépare une autre – une neuve : le fil est toujours beaucoup plus grand que la gaule donc y fo le couper à la bonne dimension. Ce que j’essaye de faire – je m’assieds derrière l’auto et la canne par terre, je déroule ma ligne.

 

Et ben, 20 minutes plus tard, la ligne prise dans l’herbe me faisait enco des vacheries : enfin j’y arrive, du moins c’est ce que je croyais – c’était bien trop court : je rallonge – c’était trop long : j’arrive pourtant à faire ce qu’il fallait que je fasse. Et maintenant je vais faire ce qu’il est nécessaire que je fasse – je me dirige vers l’étang : j’ai quand même fé  15 mettres sans qu’il ne se passe rien de facheux, puis au bord de l’eau, je lance. Et ben, comme je visais à droite, je cherchais des yeux mon bouchon, il était à gauche : la bise me le promenait dans les herbes cachées sous la surface. Tant bien que mal, je lançai une dizaine de fois sans succès.

 

Je remballai et allai au bout de l’étang dans un rare coin où l’on pouvait enco aborder : la même chose. Je pris beaucoup de choses d’abord : des branches du fond, pis des branches d’en haut, pis des herbes, et comme je cherchais où pouvait ben ete mon hameçon, je le trouvai accroché à mon pantalon – je lançai enco, rien pas une touche, patience ça va v’nir, et ben c’est v’nu : un poisson, un bô, sauta sur… sur quoi, sur mon bouchon – eh oui, il y en avait au moins un au fond . Pour essayer de le prendre je mis des vers, des asticots, et je pris quelque chose : une branche du fond. Je cassai tout en essayant de décrocher : je changeai de ligne et même cinéma que la première.

 

En plus la bise me gelait et au bout d’une heure de ce manège, je décidai d’aller où j’allais dans les années passées : et ben, je ne trouve aucun endroit pour aborder – les buissons, les herbes envahissaient tout empêchant toute approche de l’eau. J’allai, je cherchai un coin…rien, rien, je rentrai à Essegney, chez le Jeannot où je dînai.

 

Pis comme j’avais sur la patate mes 500 F, je décidai d’aller à l’étang de Charmes : me v’la donc au bord, mais enco plus d’grand vent qu’ailleurs. J’me dis : j’va aller ouard à la Moselle. J’allai et à peine arrivé, il commença à pleuvoter, pas grand chose : Marie pisse trois gouttes, comme on disait dans l’temps. Pis ça tomba plus fort, ça va passer ? Ben non !

Quand j’suis arrivé à l’auto, j’avais pris une chaouée pire qu’au déluche, trempé comme une soupe au lait. Gelé, dégoulinant, j’endossai un anorak pour me réchauffer, j’ai pris quelque chose, mais pas de poisson.

Pis j’allai enco à l’étang sur la route de Nancy : RIEN.

  « Détendez-vous, allez à la pêche » qui disaient…

 

         André POIRSON

(avec l’aimable autorisation de son fils Michel)