La quarante semaine

Notre-Dame de la Consolation

 

 

 

 

Reproduction du tableau de la découverte de

la Vierge dans son chêne de J.F.MINOUX

 

 

 

 

Les misères de la guerre de Trente Ans, les épidémies de peste accumulées, provoquèrent partout en Lorraine, une ferveur nouvelle pour les dévotions envers la Vierge. Partout dans la province ruinée les témoignages de piété mariale se manifestèrent… Épinal n’y échappa pas !

 

La légende veut donc que vers 1650, un groupe de bûcherons travaillait dans le bois Jennesson, au lieu-dit aujourd’hui « La Vierge », lorsqu’un chant divinement doux les attira et les conduisit vers un chêne. Dans son tronc, une statuette de la très Sainte Vierge de Miséricorde les appelait… ils l’apportèrent donc au Sieur Curé de l’époque, Monsieur Pelletier… mais pendant la nuit elle réintégra d’elle-même son tronc ! On en déduisit donc que Notre-Dame réclamait la construction d’un oratoire à cet endroit-là, ce qui fut fait, et la chapelle devint très vite un lieu de pèlerinage, car les miracles s’y succédaient.

 

Ainsi le 28 mai 1658, après une chute de cheval Marie Georgel y avait été conduite depuis La Poirie (Ban de Tendon), pour une vilaine fracture de la jambe droite, ayant dégénéré en plusieurs tumeurs… et paralysie de la langue… la guérison totale fut attestée par trois procès-verbaux ! Le pèlerinage à Notre-Dame de Consolation aussi appelée Notre-Dame Au Chêne, concurrença bien vite la dévotion envers les reliques de Saint Goéry…

 

À tel point que le 29 septembre 1658, le Curé d’Épinal, Monsieur Pelletier, assisté de l’Abbé de Chaumousey, bénissait une chapelle et une maison, bâties sur les deniers de la cité, pourtant ruinée, mais pleine d’espérance divine… le tronc du chêne avait été recouvert par un autel. Des frères Minimes s’installèrent dans les lieux, car il fallut bien vite gérer le flux des pèlerins, les miracles étant nombreux : pour éviter les supercheries et les scènes d’hallucinations collectives, on nomma également un notaire « spécialement délégué pour recevoir les dépositions des témoins et les enregistrer » officiellement. Il fut vite assisté d’un autre homme de loi.

 

À cette époque l’Abbesse des Dames d’Épinal était Charlotte-Marguerite de Lenoncourt (1645-1698). Celle-ci choisit une reproduction de la Vierge Au Chêne pour orner une des faces de la nouvelle décoration qu’elle institua pour les Dames Chanoinesses : un large ruban bleu allant de l’épaule droite au côté gauche et supportant une Croix de Malte en or. Au centre de cette croix, un médaillon avec d’un côté Saint Goéry, patron du chapitre, et de l’autre une Vierge couronnée, tenant l’Enfant Jésus sur son bras gauche et un sceptre à la main droite… exacte reproduction de la Vierge au Chêne, preuve de la pitié de Dieu envers les simples mortels d’Épinal et des environs !

 

En 1728, Monseigneur Bégon, Évêque de Toul, prescrivit une procession pour fêter le miracle de Barbe Drouot le 23 août 1728 « la muette de Rambervillers »… pour favoriser ce qui devait devenir un nouveau pèlerinage, les comptes de la Ville d’Épinal font état de la construction aux frais de la cité d’un pont permettant le passage du ruisseau de Sainte-Barbe ou de la « Quarante Semaine » : la statuette devint à cette occasion la Vierge de la « Quarante Semaine » !

 

Pendant la Révolution, le 20 mars 1792, la Chapelle fut vendue avec le couvent des Minimes parmi les biens nationaux à Jean-Gaspart Foinant avec ordre de la démolir conformément aux ordres de la Constituante… mais le Conseil de District en exclut la statuette de la Vierge et son autel de marbre. Le 12 avril suivant, le Procureur de la Municipalité, Jacques-Joseph Marchal s’adresse au District : « Il est urgent de se pourvoir au Département pour obtenir la permission de démonter l’autel pour le faire replacer dans la chapelle de la Vierge dans l’église paroissiale, et pouvoir faire le plus tôt possible une translation de ce reliquaire, afin de satisfaire aux vœux ardents non seulement de tous les citoyens de cette ville, mais de tout le département et de tous ceux qui nous avoisinent, qui ont une vénération singulière pour cette image. » La pétition est alors signée du Maire Jean Guilgot, de Drouin, Thouary, Bastien Pelerin, Marchal, Maud’heux, et Deblaye et la dérogation est acceptée…

 

Le 6 mai, au matin, la Municipalité, l’Evêque Constitutionnel Maudru, la Garde nationale d’Épinal, la Garde nationale de Golbey, les autorités de la Commune et du District, les porte-drapeaux suivis d’une foule de citoyens partant de l’église se rendent à la Chapelle en chantant l’Ave Maris Stella, sur un parcours pavoisé comme pour la Fête-Dieu. L’Évêque bénit la foule, le curé Pierrot fait l’ostension de la statue dans son reliquaire… la procession prend alors le chemin de la Basilique saint Maurice. Pour protéger Notre-Dame de la pluie, quatre grenadiers tendent un dais au-dessus de la Sainte Image… En ces temps troublés, une telle cérémonie démontre bien en quelle considération était tenue cette statuette…

 

Pour la petite histoire, la statue présentée pendant cette fête n’était encore qu’une copie… en effet les frères Minimes au vu des événements (la suite leur donna raison), s’étaient méfiés et avaient confié « l’authentique Vierge Miraculeuse » à un prêtre de Dommartin Les Remiremont. Celui-ci ne la restitua au Curé de la Basilique Saint Maurice, l’Abbé Petitjean, qu’en 1825 ! Le 29 janvier 1794, le culte de la Déesse de Raison était décrété et ordre donné de détruire tous les signes de l’ancien culte (y compris la copie de la Vierge de la Consolation)… ce qui fut largement fait notamment par un nommé Sébastien Gaspart et un certain Thiébault… Mais le Curé Pierrot avait une fois encore réussi à subtiliser les reliques, dispersant de nombreux objets de culte parmi ses fidèles ouailles, il confia la copie à un notable Sébastien Drouin. Celle-ci ne ressortit de sa cachette que le 26 juillet 1801 ! Bienheureux curé Pierrot, puisque ce qu’il n’avait pas sauvé fut effectivement détruit, mutilé, effacé comme partout sur le territoire national : à Épinal les débris furent jusque dans les douves du château, où l’on a retrouvé quelques têtes…