Contes de Lourres du Nonon Batisse

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Imprimerie Lalloz-Perrin - 88 - Rémiremont

 

 

 

 

 

 

Le NONON BATISSE ?... Ne dites pas que vous ne le connaissez pas, ce vieux bonhomme de chez nous.

On le rencontre souvent, sur quelque chemin de la montagne, au coin de la place du motet, ou assis du chaud- côté pour réchauffer ses vieux os... Vareuse au col ouvert, chapeau de feutre noir à large bord, à calotte écrasée, foulard de soie grise au cou... Son seul luxe, venu dans le patrimoine d'une ascendance lointaine, appuyé sur un lourd braquot de houx.

Il va... il vient... il se repose... Mais, toujours, dans sa tête chenue, roulent des pensées... des pensées qui sont le plus souvent des souvenirs qu'il est un des rares à avoir conservés par les temps présents.

  Le Nonon Bâtisse en a déjà écrit beaucoup de ces souvenirs, sous les titres « LES CONTES DE LA ROCHOTTE» et «LES NOUVEAUX CONTES DU NONON BATISSE».

Entrez au poole !...

 

La grande bise d'hiver pousse et fait tourbillonner la neige fine et poudreuse. Elle en comble les frayées tracées dans la journée tout en dressant dans les coulées des soufflées que les gens de la ville appellent des « congères ».

Mais ce ne sont point là obstacles suffisants pour faire reculer les montagnards, invités à lourres dans une ferme de la colline.

Leurs lanternes, avec lesquelles ils éclairent leurs pas, font autant de vers luisants qui sinuent sur la pente, s'éteignant, réapparaissant, au gré des dénivellations créées par la neige.

Le chien, tirant sur sa chaîne, a donné l'éveil par ses aboiements... Coups sourds vers la porte... ce sont les sabots que l'on tape pour en faire tomber les bottes de neige qui y sont accrochées.

— Mon ! c'est vous ?... V's'âtes les premiers, le coup là... Qué temps !

— M'en parlez pas... C'est pas choisi pour sortir par une nuit pareille.

— Ma, v's'êtes là d'sus la porte ! Entrez !... entrez vite au poole... N'y a un bon feu...

Défaites-vous qu'on mette à sécher vos manteaux et vos pèlerines... Oye ! oye ! oye !... qué hiver qu'on a... Et n'y en a enco d'Ia faite d'la neige.

 

 Entrez au poole!... Pas une ferme de nos montagnes qui ne possède une pièce appelée «le poêle». C'est même la pièce principale de l'habitation, celle « où on se tient », où l'on reçoit les visiteurs à qui l'on veut marquer quelque considération... On y trouve les beaux meubles familiaux, la crédance, l'armoire lorraine, la grande horloge à balancier.

Le poêle est le cadre des couarauges et des grandes lourres, la salie à manger pour les noces, les baptêmes, les communions, toutes cérémonies marquées par une «moronde».

— Entrez au poêle ! (ou poole en patois).

 

L'invitation est toujours empreinte de cordialité, voire de respect si le visiteur est un personnage jugé considérable.

Le poêle est contigu à la cuisine par laquelle on est obligé de passer pour y accéder.

Mais pourquoi cette appellation de ce que dans les immeubles modernes se nomme : la salle de séjour ?

Personne ne pouvait en donner une explication valable.

 

C'est à la suite de recherches menées pour autre chose que je l'ai découverte, par hasard, dans un petit livre bien précieux, et combien rare, édité en 1842, à la librairie Thomas, 54, rue Saint-Nicolas, à Nancy, intitulé: « Dictionnaire patois-français à l'usage du siècle des écoles rurales et des habitants de la campagne », et, en sous-titre : « Ouvrage qui, par le moyen du patois usité dans la Lorraine et principalement dans les Vosges, conduit à la connaissance de la langue française... Son auteur signe : Abbé Pétin, curé de Saint-Nabord.

 

Ce petit dictionnaire au mot « poêle » donne la signification suivante :

— pièce principale de l'habitation, celle-ci est joignante de la cuisine. Dans le mur qui les sépare, on a ménagé une grande ouverture dans laquelle est placé un poêle qui fut tout d'abord en terre réfractaire, puis en fonte à trois cloches superposées avec un four. On le chargeait depuis la cuisine et il chauffait l'autre pièce qui fut ainsi appelée le poêle.

Dans la plupart des vieilles fermes de nos régions, il existait cette ouverture dont beaucoup ont été bouchées depuis l'apparition de moyens de chauffage plus modernes.

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USAGES ANCIENS... L’année à Pâques

M. RICHARD, qui s'est beaucoup intéressé aux mœurs, coutumes et usages anciens, écrit :

« Les monuments historiques conservés dans les archives du Chapitre Noble de Remiremont, prouvent qu'un édit du duc de Lorraine Charles, à la date du 15 novembre 1579, entendait remettre de l'ordre dans le calendrier.

Avant cet édit, en la ville de Remiremont, l'année commençait, ainsi que dans toute la juridiction du monastère, le samedi avant Pâques... c'est-à-dire le samedi saint, après vêpres ou après la bénédiction du cierge pascal, comme cela avait lieu dans une partie de la France, à Metz et à Verdun. L'édit faisait commencer le milliaire de l'année, le premier janvier suivant qui serait le premier janvier 1589. »